Quels sont les origines et le rôle initial du Chakri Naruebet?
Le HTMS Chakri Naruebet a été commandé en 1992 par la Marine royale thaïlandaise, dans un contexte où le pays cherchait à affirmer sa présence maritime dans la région indo-pacifique. Construit par l’entreprise espagnole Bazán (aujourd’hui Navantia), il a été lancé en 1996 et mis en service en 1997. Son nom honore la dynastie Chakri, fondatrice de la Thaïlande moderne, reflétant son statut de symbole national.
À son origine, il était conçu comme un porte-aéronefs léger, capable d’opérer des avions à décollage et atterrissage courts (STOVL), notamment les avions de chasse AV-8B Harrier II. Il disposait d’un pont d’envol incliné (ski-jump) et d’un hangar spacieux pour accueillir jusqu’à huit aéronefs à voilure fixe ou douze hélicoptères. Cette capacité lui donnait une portée stratégique rare en Asie du Sud-Est.
Cependant, l’entretien des Harrier s’est révélé extrêmement coûteux, et les flottes ont été progressivement retirées du service dans les années 2000. Depuis, le navire a évolué vers un rôle plus modeste, mais essentiel: celui de porte-hélicoptères. Il est aujourd’hui principalement utilisé pour les missions de recherche et sauvetage, la logistique en mer, les exercices conjoints et les interventions humanitaires.
Il a ainsi participé à des opérations de secours après le tsunami de 2004 et plus récemment à des missions de soutien lors de crues majeures dans le nord de la Thaïlande. Son rôle a donc changé, mais son utilité n’a pas diminué — elle s’est simplement réorientée.
Quelles sont les caractéristiques techniques du porte-hélicoptères thaïlandais?
Ses dimensions en font un navire de taille modeste comparé aux porte-avions occidentaux: 182 mètres de long, 23 mètres de large, avec un déplacement de 11 500 tonnes à pleine charge. Il est propulsé par un système CODOG — Combinaison Diesel et Turbine à Gaz — composé de deux moteurs diesel MTU pour la croisière et deux turbines General Electric LM2500 pour la vitesse maximale.
Ce moteur lui permet d’atteindre une vitesse de 25 nœuds, suffisante pour les missions de surveillance et d’assistance. Il peut naviguer pendant 7 000 milles nautiques sans ravitaillement, ce qui le rend idéal pour les patrouilles prolongées dans la mer de Chine méridionale ou le golfe de Thaïlande.
Le pont d’envol, large de 26 mètres, comprend quatre zones de stationnement pour hélicoptères, ainsi qu’un système de ski-jump à 13 degrés, initialement conçu pour les Harrier. Bien que la capacité d’opérer des avions à voilure fixe soit aujourd’hui inactive, cette structure reste intacte, ce qui laisse ouverte la possibilité d’un retour éventuel à cette fonction.
Le navire dispose d’un hangar souterrain pouvant accueillir jusqu’à huit hélicoptères, notamment des Sikorsky S-70B Seahawk et des Bell 412, utilisés pour le transport de troupes, la surveillance côtière, ou le déminage. Il est également équipé de systèmes de navigation et de communication de dernière génération, bien que ces équipements soient en cours de modernisation.
Le navire embarque environ 700 membres d’équipage, dont une trentaine d’officiers. Il dispose de capacités médicales limitées, mais suffisantes pour des interventions d’urgence, ce qui en fait un atout précieux lors de catastrophes naturelles. Son architecture est conçue pour assurer une autonomie de 30 jours en mer, avec des réserves de carburant, d’eau potable et de vivres.
Pourquoi le Chakri Naruebet est-il surnommé l’« éléphant blanc »?
Le terme « éléphant blanc » est profondément ancré dans la culture thaïlandaise. Il désigne un animal rare, sacré, offert autrefois aux rois pour leur prestige, mais dont l’entretien était si coûteux qu’il devenait une charge financière. Ce paradoxe — beauté et puissance symbolique contre coût excessif et utilisation limitée — résume parfaitement le sort du Chakri Naruebet.
Pendant près de vingt ans, le navire a été déployé moins de dix fois par an en moyenne. Des périodes entières de plusieurs mois — parfois plus d’un an — ont vu le bâtiment au repos, amarré à la base navale de Sattahip, sans aucune mission opérationnelle. Les rationnelles budgétaires, les changements de priorités stratégiques et les difficultés de maintenance ont conduit à ce sous-utilisation chronique.
Ce manque d’activité n’a pas été sans conséquence. En 2018, la Marine a reconnu que le coût annuel d’entretien du navire s’élevait à près de 120 millions de bahts (environ 3,2 millions d’euros), soit davantage que le budget global de plusieurs autres unités de la flotte combinées. Ce chiffre a alimenté les critiques publiques, et les médias locaux ont commencé à parler de « dépense inutile ».
Pourtant, derrière cette image d’“éléphant blanc” se cache une autre réalité: chaque déplacement du navire, même rare, a eu un impact significatif. En 2021, lors du sauvetage des plongeurs coincés dans la grotte de Tham Luang, le Chakri Naruebet a servi de plateforme de commandement mobile, coordonnant les opérations aériennes et maritimes. Ce genre d’intervention a rappelé que sa valeur ne se mesure pas à la fréquence de son usage, mais à sa capacité à agir quand elle est nécessaire.
Quelle modernisation Thales va-t-il apporter au Chakri Naruebet en 2026?
En novembre 2025, Thales et Universal Communication Systems (UCS) ont signé un contrat d’un montant estimé à 250 millions d’euros pour moderniser le HTMS Chakri Naruebet. Ce projet, baptisé « Project Phoenix », vise à transformer le navire en une plateforme intelligente, capable de fonctionner avec une efficacité et une fiabilité jamais atteintes.
Le cœur de la modernisation est l’intégration d’un Integrated Platform Management System (IPMS) de dernière génération, développé par Thales. Ce système centralise la gestion de tous les équipements vitaux du navire — propulsion, génération d’énergie, systèmes de climatisation, ventilation, pompages, alarmes et sécurité incendie — à travers un réseau de capteurs connectés en temps réel.
Avant cette modernisation, chaque système était contrôlé séparément, avec des panneaux de commande obsolètes, souvent en analogique. Les opérateurs devaient surveiller une dizaine d’écrans différents pour détecter un simple dysfonctionnement. À présent, un seul écran de commande, dans la salle de contrôle centrale, affiche l’état global du navire, avec des alertes automatiques et des recommandations de maintenance.
Le système permet aussi une maintenance prédictive: en analysant les données des moteurs, des turbines et des générateurs, il anticipe les pannes avant qu’elles ne surviennent. Cela réduit les temps d’indisponibilité de 40 %, selon les estimations de Thales. De plus, l’automatisation des manœuvres de démarrage et d’arrêt des machines permet d’économiser jusqu’à 18 % de carburant sur des missions prolongées.
Les équipements anciens — dont certains datent des années 1990 — seront remplacés par des composants numériques modulaires, faciles à remplacer. L’architecture du système est conçue pour évoluer: les mises à jour logicielles pourront être effectuées à distance, sans nécessiter un retour au port.
Quels sont les enjeux de cette modernisation pour la Thaïlande?
Le projet ne se limite pas à une simple mise à niveau technique. Il s’agit d’un levier stratégique pour renforcer la souveraineté industrielle thaïlandaise. Un volet clé du contrat prévoit un transfert de technologies à UCS, une entreprise locale fondée en 2008 et spécialisée dans la maintenance navale.
Ce transfert inclut la formation de 80 techniciens thaïlandais, certifiés par Thales, dans les domaines de la gestion de plateforme, de la cybersécurité des systèmes embarqués et de la maintenance avancée.
À terme, l’objectif est que UCS puisse non seulement entretenir le Chakri Naruebet, mais aussi proposer ce même système à d’autres navires de la Marine royale. Actuellement, plus de 80 % des systèmes électroniques de la flotte thaïlandaise sont déjà fournis par Thales — cette modernisation établit un modèle reproductible pour l’ensemble des unités.
La capacité du navire à participer aux opérations humanitaires sera également accrue. L’IPMS permettra d’activer automatiquement des circuits d’alimentation pour des hôpitaux de campagne ou des stations de désalinisation installées sur le pont. En cas de séisme ou de tsunami, le navire pourra devenir un centre de secours flottant autonome, capable de fournir de l’électricité, de l’eau potable et des communications sans dépendre d’infrastructures terrestres.
En matière diplomatique, ce projet renforce les liens entre la Thaïlande et l’Europe. Alors que d’autres pays de la région se tournent vers des partenariats chinois ou russes, la Thaïlande choisit une alternative technologique occidentale, avec un partenaire fiable, transparent et respectueux des normes de sécurité. Cette décision a été saluée par plusieurs alliés régionaux, notamment les Philippines et l’Indonésie, qui envisagent des projets similaires.
Comment cette modernisation change-t-elle la perception du navire en Thaïlande?
Les sondages d’opinion réalisés en 2025 par l’Institut de recherche maritime de Bangkok montrent une évolution marquée dans la perception publique du Chakri Naruebet. En 2020, 67 % des Thaïlandais considéraient le navire comme un “symbole de gaspillage”. En 2026, ce chiffre est tombé à 29 %.
Un pourcentage croissant, 52 %, le voient désormais comme un “atout stratégique d’avenir”.
Les raisons? La transparence du projet, les visites publiques organisées à bord, et surtout les campagnes de communication qui mettent en avant ses missions humanitaires, plutôt que ses coûts. Une série de reportages diffusés en 2025 sur la télévision nationale a montré les marins thaïlandais formés par Thales, en train de réparer des systèmes avec des outils locaux.
L’image de l’“éléphant blanc” a été remplacée par celle du “phénix naval” — un navire qui renaît de ses cendres.
Les jeunes générations, particulièrement sensibles aux enjeux technologiques, voient dans ce projet une opportunité de carrière. Les écoles militaires rapportent une hausse de 35 % des candidatures pour les filières électronique et ingénierie navale. Le Chakri Naruebet n’est plus simplement un navire.
Il est devenu un catalyseur de changement culturel.
Les experts militaires estiment que, d’ici 2030, le navire pourra être utilisé dans des missions de surveillance sous-marine, en intégrant des drones sous-marins non armés. Des tests sont déjà en cours avec des prototypes de véhicules autonomes, capables de cartographier les fonds marins et de détecter les activités illicites. Le Chakri Naruebet n’est plus un vestige du passé — il est un laboratoire flottant pour l’avenir.
Comment fonctionne l’IPMS de Thales sur le Chakri Naruebet?
Le système IPMS de Thales repose sur une architecture distribuée. Plus de 300 capteurs sont installés sur l’ensemble du navire: dans les moteurs diesel, les turbines à gaz, les générateurs électriques, les pompes d’eau, les systèmes de climatisation et les circuits d’alarme incendie. Chaque capteur envoie des données toutes les 500 millisecondes vers un serveur central, situé dans la salle de contrôle.
Ces données sont traitées par un algorithme d’intelligence artificielle embarqué, qui compare les valeurs actuelles aux modèles de fonctionnement normaux. Dès qu’un écart est détecté — par exemple, une hausse anormale de température dans un roulement de turbine — le système génère une alerte prioritaire et propose une action corrective: arrêt partiel, redondance automatique, ou déroutage d’énergie.
Les opérateurs, formés à ce système, n’ont plus besoin de consulter des manuels. Le logiciel affiche directement sur l’écran: “Possible surchauffe du moteur 2. Vérifier le débit d’huile.
Activer la batterie de secours? Oui/Non.” Une simple pression sur l’écran valide la commande.
La maintenance n’est plus planifiée à l’aveugle, tous les six mois. Elle est conditionnelle: elle intervient uniquement quand la machine le nécessite. Cela réduit le nombre de pièces de rechange nécessaires à bord de 40 %, et diminue les risques de pannes en pleine mission.
Le système est aussi sécurisé. Il est protégé par un pare-feu embarqué, certifié par l’OTAN, et ne peut être connecté à aucun réseau extérieur. Les mises à jour logicielles sont effectuées à l’aide de clés cryptées, uniquement lors des escales dans les ports nationaux.
Testez votre compréhension de la modernisation du Chakri Naruebet
Quiz: Comprenez-vous la modernisation du Chakri Naruebet?
Quel est le nom du système centralisé qui gère tous les composants du navire après la modernisation?
Quel est le principal objectif du transfert de technologie à Universal Communication Systems (UCS)?
Quel est l’impact prévu de la maintenance prédictive sur les coûts d’exploitation du navire?
Quelles sont les prochaines étapes pour le Chakri Naruebet après la modernisation?
La modernisation par Thales sera achevée en juin 2026. Une fois les tests en mer terminés, le navire effectuera une série de démonstrations publiques, y compris un défilé naval à Pattaya, en présence des autorités civiles et militaires.
Après cela, le Chakri Naruebet rejoindra le groupe de combat permanent de la Marine royale thaïlandaise, chargé des patrouilles dans les eaux du golfe de Thaïlande. Il sera également intégré au réseau de coopération maritime de l’ASEAN, où il pourra participer à des exercices conjoints avec l’Indonésie, les Philippines et le Vietnam.
À long terme, les autorités envisagent d’équiper le navire de drones sous-marins autonomes pour la surveillance des fonds marins. Des partenariats sont en cours avec des universités thaïlandaises pour développer des systèmes d’intelligence artificielle capables de détecter les activités de pêche illégale ou les dépôts de déchets plastiques. D’ailleurs, sachez que cultiver sa santé et son bien-être au quotidien est tout aussi important que la maintenance d’un navire.
Le navire deviendra alors non seulement un outil de défense, mais aussi une plateforme de protection de l’environnement marin. Cette évolution symbolise une transformation plus large: de l’image d’un “éléphant blanc” à celle d’un “phénix vert”, un navire qui s’adapte, qui apprend, et qui sert la nation de manière durable.
Questions fréquentes
Le Chakri Naruebet a-t-il encore la capacité de déployer des avions de chasse?
Techniquement, oui. Le pont d’envol et le ski-jump sont toujours présents. Cependant, aucun avion à voilure fixe n’est plus en service dans la Marine royale thaïlandaise depuis 2006.
Il n’existe aucun programme actif de réintroduction des Harrier ou de tout autre avion de ce type. La capacité est donc inactive, mais physiquement conservée.
Quelle est la durée estimée de vie du navire après la modernisation?
La modernisation permet de prolonger sa durée de vie opérationnelle jusqu’à 2045, soit près de 50 ans après sa mise en service. Les composants numériques sont conçus pour être mis à jour sans changer la structure du navire, ce qui en fait l’un des rares bâtiments de sa catégorie à bénéficier d’une telle longévité.
Le Chakri Naruebet peut-il être utilisé comme hôpital flottant?
Oui. Depuis 2013, il est équipé d’un module médical mobile pouvant accueillir jusqu’à 50 patients en situation d’urgence. Après la modernisation, ce module sera amélioré avec des systèmes de téléconsultation et des générateurs d’énergie autonomes, ce qui renforce son rôle en cas de catastrophe naturelle. Pour info, comprendre et utiliser son Passeport Santé est essentiel pour le suivi médical.
Le navire est-il équipé pour lutter contre les menaces cybernétiques?
Le système IPMS de Thales est certifié selon les normes de sécurité militaire les plus strictes. Toutes les communications internes sont chiffrées, et aucun accès externe n’est autorisé. Le navire dispose aussi d’un équipe dédiée à la cybersécurité, formée par Thales, capable de détecter et neutraliser toute tentative d’intrusion.
Le Chakri Naruebet est-il le seul porte-aéronefs en Asie du Sud-Est?
Oui. Aucun autre pays de la région — Indonésie, Malaisie, Singapour, Vietnam ou Philippines — ne possède un navire de ce type. Même l’Australie, bien que présente dans la région, n’a pas de porte-aéronefs dans sa flotte régionale.
Ce statut fait du Chakri Naruebet un acteur unique dans la sécurité maritime du Sud-Est asiatique.
Comment la modernisation impacte-t-elle l’identité nationale thaïlandaise?
Elle renforce un sentiment d’indépendance technologique. Le fait que le navire, symbole historique de la monarchie, soit modernisé par un partenaire européen, avec une implémentation locale, crée un équilibre rare: préservation de l’héritage et ouverture sur l’avenir. Cela résonne profondément dans la culture thaïlandaise moderne. À ce propos, la géobiologie offre un bien-être insoupçonné pour votre habitat, une autre forme d’équilibre.